AU JAPON

AU JAPON

Cet après-midi est le premier tranquille de mon voyage au Japon. Un séjour absolument mémorable en tout point, de la descente d’avion jusqu’à maintenant. Jamais, dans aucun pays, je n’ai été mieux accueilli. Les jeunes lycéennes me regardent avec la même adoration qu’un de ces chanteurs maigres à cheveux violets, vêtus de costumes à motifs zèbrés ou de pantalons en cuir. C’est très impressionnant, et, je ne le cache pas, très agréable. Ce culte véritable voué aux Français à travers ma personne me remplit d’émotion, surtout venant de la part d’un peuple si sage, si vénérable et surtout, d’habitude si peu enclin aux extraversions inutiles.

Mais ces jeunes femmes jalousent Bernadette. Elle représente pour elles la favorite à éliminer, l’Elue qui barre de sa présence leurs rêves d’adolescentes. C’est une groupie choisie entre elles toutes. L’idole doit, pour en être véritablement une, rester accessible dans l’imaginaire de ses adoratrices. Or, je ne le suis plus. Ca les frustre.
Sur ce coup-là, j’ai mal négocié mon affaire, j’aurais peut-être dû cacher Bernadette aussi.

A mon arrivée, j’ai décidé d’initier Breton au sumo. Pour ceux qui l’ignorent encore, le sumo est ce noble sport où deux guerriers géants mesurent leur force respective en tentant mutuellement de s’exclure d’une aire de combat, le dohyo, le plus souvent en se poussant l’un l’autre. Pour y parvenir, les deux sumotoris, entraînés depuis le plus jeune âge, font autant appel à leurs ressources mentales qu’à leurs capacités physiques : le sumo est un sport qui se gagne aussi avec le cerveau, et stratégie et tactique sont bien plus importantes que muscles et graisse. Ah, oui, comme vous le savez naturellement, les sumotoris sont en général très gros. Du moins dans les hautes compétitions, où ne parviennent guère à s’imposer les maigrichons et les rachitiques. Ces anémiques se tournent alors vers le karaté ou le kung-fu, des sports martiaux plus adaptés à leur faiblesse et leur fragilité.
Les sumotoris sont généralement vêtus d’une sorte de grand slip, le mawachi, et portent le chignon. La coiffure, d’ailleurs, fait partie intégrante de l’initiation et de l’entrainement. Au fur et à mesure des combats, ils montent en grade, et les plus grands sumotoris, qu’on estime invicibles, sont déclarés à vie ” Yokozuna “. Cela signifie, pour le champion, que l’on considère que personne ne poussera jamais mieux un type en dehors d’un cercle que lui.

Eh bien croyez-le ou non, mais Breton, mes histoires de dohyos et de mawachis, ça ne l’a pas du tout intéressé. Sa femme non plus. D’Aubert, pas plus. Ces trois-là se sont pris d’un intérêt subit pour une grille de mots croisés pendant le tournoi, je les ai bien vu, ils cherchaient à la planquer dès que je tournais là tête, mais on ne me berne pas comme ça, et d’ailleurs, si vous voulez le savoir, le fameux vertical de dix lettres sur lequel vous avez tous séché comme des enfants, c’était ” strippoker “.
Bernadette, même elle, s’est endormie, et pourtant, je lui explique ces bases élémentaires plusieurs fois par semaine, ça devrait la fasciner, à force, eh bien non, elle s’en fiche éperdument.
Tout ceux qui m’accompagnaient se sont montrés d’une insolence incroyable, et ont affiché un dédain visible pour le combat que nous étions allé voir. J’étais très déçu. La prochaine fois, on ira au stade voir un match de foot.
A ce propos, je tiens à féliciter le jeune crétin que j’ai eu au téléphone à la Fédération Française de Football la semaine dernière. Quand j’appelle discrètement pour suggérer ” l’idée d’une confrontation amicale sur le sol d’un merveilleux pays asiatique – l’empire d’hommes sages et réservés et un exemple pour le respect des droits de l’homme – un match auquel je me rendrai avec plaisir ” ce n’est pas pour qu’on m’expédie l’équipe en Chine. Il va y avoir du ménage à faire, à la FFF, j’en parlerai à Lamour dès demain.

Pour me venger du désintérêt ostensible de tout le monde, j’ai changé le programme de la soirée, et je me suis offert un diner avec les champions. Ca a fait fulminer toute la délégation, mais il faut parfois savoir montrer qui décide et qui commande. Et le lendemain, rebelote, au lieu de parler économie, j’ai trainé mes compagnons à une exposition sur le développement durable et j’ai forcé chacun à me faire un commentaire détaillé de la visite. Ca nous les a calmé, un peu comme une bonne douche froide remet du plomb dans la tête d’un ivrogne, et nous sommes tous partis voir le premier ministre Koizumi.

A n’en pas douter, il ne m’aime pas. La violence avec laquelle il a refusé d’abandonner le projet Iter au profit de Cadarache est sans équivoque. Quant à la levée d’embargo sur la Chine, il a failli me mordre. Du reste, il a été insupportable pendant tout le repas, me demandant ” comment se passait ma campagne sur le référendum ” et ” qui était ce Bokenelstein dont on parle tant “.
Et il riait.
Je le voyais bien, il faisait semblant de s’essuyer la bouche avec sa serviette. Il se moquait de moi. On va finir par le construire chez nous sans l’écouter, ce fameux réacteur nucléaire, et ça lui donnera une leçon d’humilité. Les insolents me font horreur, premiers ministres de mon pays favori ou pas.

Pour terminer, un petit mot pour Hosni Moubarak, avec qui j’ai déjeuné avant de partir. Monsieur le Président, vous avez oublié une serviette noire contenant plusieurs documents au pied de votre chaise, ainsi qu’un chapeau, un parapluie, une bague, une cravate et un soulier. Je ne sais pas très bien comment vous avez fait votre compte, mais sachez que tout ces objets vous seront restitués prochainement par valise diplomatique. Je vous prie également d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mon plus profond respect.

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